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La corrida : un spectacle d’or et de lumière ?


 
Entretien avec Robert Clavijo, professeur à Béziers et membre du Comité Anti-Corrida de cette même ville.
- Où en est la corrida en France ? Régresse-t-elle ?
En France la corrida ne régresse pas. Elle tente même d’élargir constamment son territoire. De telles tentatives viennent d’échouer à Marseille, en Ariège et en région parisienne (projet de feria au stade de France). Mais la corrida vient de s’implanter à La Brède (Gironde) et à Bourg-Madame (Pyrénées-orientales). Elle s’implante à Carcassonne (Aude) et en pays toulousain. Globalement, en France, le nombre des spectacles taurins tend à augmenter d’une année sur l’autre. La corrida est à la mode. Une mode entièrement fabriquée par les media. Béziers est la seule ville taurine française où la corrida recule nettement.
- Et dans le reste du monde ?
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Hé hé... Au suivant !

Le torobusiness tente d’élargir son marché au monde entier. Ces dernières années, des corridas ont été organisées pour la première fois au Québec, au Japon, en Corée. On a tenté (sans succès) d’en organiser en Russie et même en Egypte. Quand on exporte ainsi la corrida, c’est souvent sous des formes édulcorées, sans mise à mort. La corrida intégrale ne vient qu’ensuite.
- Les réglementations sont-elles identiques dans tous les pays ?
Les lois et règlements applicables aux courses de taureaux varient beaucoup selon les pays. L’interdiction des actes de cruauté envers les animaux domestiques (donc l’interdiction des corridas) avec tolérance pour les courses de taureaux quand existe une tradition locale ininterrompue est une particularité propre à la France. En Espagne la tauromachie est autorisée sur tout le territoire national mais le déroulement des corridas est réglementé par l’Etat jusque dans les moindres détails. L’Etat français, lui, laisse aux Mairies le soin de réglementer ce spectacle si elles jugent devoir le faire.
- Quelle est l’attitude globale des gens que vous rencontrez ? Est-ce un sujet qui les intéresse ? Les opinions sur la corrida sont-elles tranchées ?
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Cette année, Papa a gagné !

Les sondages montrent que les Français sont (très) majoritairement anticorrida. Selon le dernier sondage national (Louis Harris, 1993) 83% des français n’aiment pas la corrida et 15% seulement l’apprécient plus ou moins. 68% des sondés n’aiment pas du tout ce spectacle et 56% des sondés demandent l’interdiction pure et simple de la corrida dans toute la France. Si nous étions en démocratie, la corrida n’existerait donc pas en France. Le très faible taux des sondés sans opinion (2%) montre que la corrida laisse bien peu de gens indifférents.
D’après le périodique tauromachique Tendido il n’y a pas plus de cinq mille amateurs sincères de corrida dans toute la France. Quand une corrida de prestige (matadors célèbres et taureaux issus d’élevages réputés) rassemble dix mille spectateurs dans une arène, la plupart d’entre eux sont soit des snobs qui croient bon chic bon genre de se montrer dans ces spectacles que la publicité prétend culturels et artistiques, soit des touristes qui veulent, une fois dans leur vie, voir une de ces corridas tant vantées par les media.
Remarquons enfin que, dans les villes taurines, quand des anticorridas manifestent ou pétitionnent, on leur objecte souvent : " Vous n’avez donc pas de cause plus importante à défendre ? " Objection méprisable : on ne reproche jamais à un médecin de soigner grippés et rhumatisants. Personne n’exige qu’il se consacre uniquement aux victimes du SIDA. D’ailleurs l’action anti-tauromachique n’est pas un combat mineur. L’attitude scandaleuse de l’espèce humaine envers les autres espèces vivantes - attitude dont la corrida est l’exemple le plus cynique - est-ce un problème secondaire ? La lutte contre le sadisme - la plus dangereuse de toutes les pulsions humaines - est-ce une question mineure ? Défendre la démocratie et la liberté de la presse, toutes deux piétinées par le milieu taurin, est-ce un combat méprisable ?
- Avez-vous des contacts avec des associations anticorrida étrangères ? Peut-on en trouver à travers le monde entier ?
Le COLBAC a délibérément choisi d’être une association purement locale. Nous ne recrutons nos adhérents qu’à Béziers et dans les communes environnantes. Penser globalement mais décider et agir localement est notre maxime. Prendre en charge un territoire restreint est une condition d’efficacité. Qui trop embrasse mal étreint. Ce choix stratégique n’exclut évidemment pas la solidarité, l’entraide avec tous ceux qui, en France et ailleurs, agissent eux aussi contre la tauromachie. Avec eux nous échangeons informations et coups de mains. Le COLBAC a contribué à la création de la F.L.A.C. (Fédération de Liaison AntiCorrida) dont le rôle est précisément de favoriser la synergie entre tous les anticorridas. A l’étranger nous ne connaissons pas d’association spécialisée dans l’action anti-tauromachique mais il existe un peu partout des associations, notamment de protection animale, qui consacrent une part de leur activité à combattre les corridas. C’est avec des associations espagnoles que nous coopérons le plus, notamment avec l’A.D.D.A. La revue anticorrida New bull tribune, diffusée dans le monde entier, est alimentée par le COLBAC en informations sur la France.
- Pourriez-vous nous donner un aperçu des différents types de jeux taurins ?
La tauromachie (en grec machè = combat) prend des formes extrêmement diverses selon les époques et selon les pays. L’argument selon lequel la corrida est à respecter en tant que vieille tradition suggère implicitement qu’elle aurait toujours été telle qu’on la voit aujourd’hui. C’est faux : la corrida n’a cessé d’évoluer depuis le Moyen-Age et elle continue à évoluer rapidement. Loin d’être un rituel figé, elle ne cesse de renier sa propre tradition. Il est loin le temps où, en Espagne, des chevaliers en armure s’efforçaient de transpercer des taureaux d’un coup de lance. Il est loin le temps où, dans les arènes espagnoles, on lâchait une meute de dogues pour déchirer et achever les taureaux. En Espagne toujours, au 19ème siècle, on faisait parfois combattre des taureaux contre des tigres et même contre des éléphants. Tout cela est aujourd’hui aboli. La tauromachie espagnole contemporaine n’en propose pas moins une gamme de spectacles assez variés : encierro, capea, becerrada, novillada, corrida de toros (pédestre), corrida de rejon (équestre) etc. Dans la tourada ou course portugaise, un taureau aux cornes sciées (ce qui le rend peu dangereux) affronte d’abord un cavalier armé de farpas (harpons). Quand le taureau est épuisé par les galopades, les blessures et l’hémorragie, le cavalier cède la place à des piétons (les forcados) qui se jettent tous ensemble sur l’animal, l’immobilisent puis l’entraînent dans le toril. Là on achève le supplicié.
Il existe aussi des tauromachies purement françaises dont les plus connues sont la course landaise et la course camarguaise. Ici le but des hommes n’est ni de tuer ni même de blesser l’animal mais seulement d’étaler leur adresse et leur courage en provoquant puis en esquivant les charges des bovins. Ces spectacles ne sont pourtant pas inoffensifs. Ainsi en course camarguaise les hommes portent à la main un crochet métallique bien aiguisé avec lequel ils cherchent à arracher les cocardes, glands et ficelles attachées aux cornes des bovins. Il arrive trop souvent que le crochet crève l’œil d’un animal. D’autre part, en poursuivant les hommes, les bovins heurtent de plein fouet la barrière qui limite l’arène. Je possède une photo où l’on voit Vovo (un taureau célèbre) heurter l’épaisse barrière si violemment qu’elle se brise net. On imagine les traumatismes que ces chocs répétés occasionnent aux muscles, aux articulations et au squelette. Quant aux hommes, ils sont souvent blessés et parfois tués. Toute tauromachie est nécessairement violente, donc dangereuse. Je ne connais pas de tauromachie inoffensive, innocente et acceptable.
- D’où vient l’expression " toromafia " ?
A ma connaissance Alain Perret, dans son pamphlet "La mafia tauromaniaque", a été le premier à appliquer au milieu taurin l’appellation infamante de mafia. Comme la mafia italienne, le milieu taurin se livre à des activités illégales et verse le sang. Comme la mafia italienne, il s’assure l’impunité grâce à un vaste réseau de complicités et à de hautes protections. Comme la mafia italienne, le milieu taurin utilise à la fois la menace (j’ai été souvent menacé de mort) et la corruption par l’argent. Ainsi, à Béziers, le quotidien Midi Libre est grassement payé par la mairie pour faire, sous couleur d’information, la promotion de la feria et des corridas.

Pour tous ceux qui souhaitent combattre la tauromachie et en apprendre plus sur le sujet, voici quelques contacts français et étrangers :


- C.O.L.B.A.C.

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Les supporters et les ustensiles indispensables à la fête

(Comité de Liaison Biterrois Anticorrida), casier 31, Maison de la vie associative, 15 rue du général Margueritte, 34500 Béziers.
info@anticorrida.colbac.com
http://anticorrida.colbac.com

- L’Alliance pour la suppression des corridas, B.P. 85 - 30009 Nîmes Cedex 4.
anticorrida@wanadoo.fr
http://www.anticorrida.org

- F.L.A.C. (Federation de Liaisons anticorrida), BP 16, 34301 Agde cedex.
flac.anticorrida@wanadoo.fr
http://anti.corrida.free.fr

- One Voice-sud, Bernard Jacquet, Délégué Midi-Pyrénées, BP 38, 31450 Montgiscard.

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Scier mes cornes ?
Hé, hé... pas d’accord moi !

info@onevoice-ear.org
http://www.onevoice-ear.org

- C.A.C. 83, Desanlis, 378 rue du Général Brosset, G776, 83600 Fréjus.
info@cac83frejus.com
http://www.cac83frejus.com

- Comité Anti Stierenvechten, Postbus 1312, 3500 BH Utrech, Hollande.
info@stieren.net
http://www.stieren.net

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On m’invite au spéctacle,
et on me donne un sédatif juste avant...
’zarb, non ?

- International Movement Against Bullfights
http://www.2kat.net/iwab/
marialopes@2kat.net

- Asociación para la defensa de los derechos del animal, c/ Bailén 164, local 2 interior, 08037 Barcelona, Espagne.
adda@addaong.org
http://www.addaong.org

Merci à Audrey Le Morvan, qui a réalisé les dessins qui illustrent cette page