Interview d’Auvergne Végétarienne Attitude
Entretien avec Thierry Blancheton, membre-fondateur du collectif A.V.A. (Juin 2008)
Comment est née votre association ? Quel a été le déclic ? Aviez-vous été actifs dans d’autres structures auparavant ?
« Auvergne Végétarienne Attitude » n’est pas une association mais un collectif. Avant la création d’A.V.A., chaque samedi matin au marché de Riom (au nord de Clermont-Ferrand), je tenais un stand d’info sur l’alimentation végétarienne. C’était pour moi une première car je n’avais jusqu’alors jamais été militant pour aucune structure associative. Je partais du principe que si, en France, chaque végétarien tenait un stand près de chez lui, cela aurait un impact très important auprès du grand public.

Il est facile de militer en donnant régulièrement de l’information sur le végétarisme près de chez soi. Chacun peut adapter la richesse de son stand en fonction de son budget, on peut même se passer de table et simplement interpeller les passants avec quelques tracts ou encore les solliciter pour une enquête.
L’exemple des stands de Philippe de l’association A.V.I.S. à Toulouse m’a beaucoup inspiré pour démarrer. Dans l’absolu c’est facile, c’est une simple question de volonté, de disponibilité et de "feeling". Au quotidien et avec le temps qui passe c’est bien entendu plus complexe…
Au départ, mon but était donc de faire des émules et que d’autres militants agissent à leur tour dans une ville auvergnate proche de leur domicile. Finalement le stand de Riom créa une dynamique. Vesna, rencontrée à son arrivée dans le Bourbonnais, puis Bertrand et Hélène, qui avaient entendu parler de mon action par le biais de Veg’Asso, m’ont rejoint pour me prêter main forte. Quelques mois plus tard, au cours d’un déplacement à Paris pour la manif « Nos voix pour les animaux », nous avons fait la connaissance de Jany et l’idée d’un collectif fut évoquée. Chacun trouvait plus intéressant et plus facile de former un groupe pour des actions communes plutôt que d’envisager des agissements séparés et individuels. A notre retour nous avions décidé de créer A.V.A.
Vous auriez pu rejoindre des associations nationales voire supra-nationales, pourquoi vous être "contentés" d’un groupe local ? Et maintenant que l’association commence à être connue, aimeriez-vous entreprendre des campagnes plus larges ?
J’ai définitivement renoncé à toute consommation alimentaire de "produits" issus d’un quelconque animal après la lecture du livre d’André Méry « Les végétariens, raisons et sentiments ». J’ai aussitôt adhéré à l’Association Végétarienne de France, dont André est le président, pour en devenir correspondant départemental un an plus tard. Dans le même temps j’ai rencontré Veg’Asso et j’ai adhéré à de nombreuses autres associations végétariennes et/ou de protection des animaux et de la défense de leurs droits. De son côté Vesna était déléguée de l’A.V.F., tout comme Maïté sur la région de Montluçon. De ce fait nous n’avons pas imaginé A.V.A. comme une nouvelle association mais comme une représentation régionale de l’A.V.F..
Nous avons pensé qu’il était utile et intelligent d’affirmer notre identité auvergnate tout en étant fédérés au sein d’une structure nationale. Les sympathisants actifs du collectif nous ont suivis dans cette démarche et sont tous adhérents de l’A.V.F.. Alors qu’auparavant les médias locaux n’accordaient que peu d’attention à nos revendications au nom de l’A.V.F., avec la création d’Auvergne Végétarienne Attitude, ils sont devenus beaucoup plus curieux et compréhensifs ! Le public sur les stands a eu une réaction identique : un collectif régional lui semble plus familier qu’une structure nationale.
Bien entendu nous aimerions nous développer car les projets et les urgences ne manquent pas… Nous faisons maintenant partie du paysage auvergnat, le grand public commence à s’habituer au mot végétarisme, nous sommes connus du monde associatif et les médias que nous sollicitions jusqu’alors font parfois appel à nous de leur plein gré. Nous sommes un peu victimes de notre succès car certaines personnes qui nous contactent pensent que nous sommes une grande structure avec beaucoup de bénévoles ! Nous en sommes bien loin et pour l’heure nous n’avons pas les moyens de nos ambitions…
Que manque-t-il pour qu’il existe une association comme A.V.A. dans chaque région de France ? Entretenez-vous des relations avec d’autres groupes similaires ?
Je me souviens, à quelque chose près, d’une réponse de Paul Emile Victor à un journaliste qui lui demandait en quelque sorte "c’est tout de même difficile de tout plaquer pour partir à l’aventure à l’autre bout du monde, non ?". L’explorateur lui répondit "ce qui est difficile ce sont les 5 premières minutes, celles pendant lesquelles vous décidez de partir ou pas". Ce qui manque donc, à mon sens, plus qu’une question de moyens c’est une simple affaire de volontés. Certaines personnes, pour X raisons, ont la volonté de faire certaines choses que d’autres n’ont pas la volonté d’accomplir. Je ne porte pas de jugement par rapport à cela, j’en fais juste le constat. Par exemple, il m’arrive de râler parce que n’étant pas assez nombreux pour organiser une manifestation quelconque nous ne pouvons pas agir. Mais en fait je n’ai pas assez de volonté et de courage pour manifester tout seul. Un manifestant motivé avec un porte voix et une action spectaculaire peut être tout aussi efficace que tout un groupe de protestataires. Exemple en est des courageuses jeunes femmes de P.E.T.A. qui envahissent dénudées les podiums de défilés de fourrure.
Nos relations avec d’autres groupes en France et à l’étranger sont des relations "virtuelles" par le biais d’Internet. Pour le coup, il ne s’agit pas là d’une simple volonté mais bien d’un manque d’effectif pour entretenir des rencontres et des lignes de communications. Malgré tout je pense que la plupart des principaux groupes français nous connaissent car j’essaie de maintenir des liens avec tous.
Quelles sont vos activités au quotidien ? Quelles ont été vos plus belles réussites ? Et vos principaux échecs ?
Nous avons choisi comme ligne directrice de faire parler au maximum du végétarisme en Auvergne, principalement par le biais de tables d’informations. En début d’année, fort du succès rencontré sur le stand de Riom (et aussi parce que je manquais de temps pour être présent chaque samedi) nous avons pensé qu’il serait intéressant de partir à la rencontre du public aux quatre coins de la région. Pour cela nous envoyons régulièrement des communiqués de presse aux médias ainsi que des comptes-rendus de nos actions.
Notre site Internet est un outil de diffusion, une "carte de visite" et une banque de données que j’entretiens au jour le jour. Quotidiennement il faut aussi anticiper nos actions, y réfléchir, les préparer, demander des autorisations, assurer la logistique, approvisionner en matériel, rédiger les communiqués de presse, les diffuser, relancer les journalistes, réagir à l’actualité, enrichir le site, diffuser l’information, se remettre en question… les tâches ne manquent pas !
Individuellement, ma plus belle réussite s’est d’être devenu végétarien et ce, en total symbiose avec mon épouse, Valérie. Cela restera à jamais le plus grand bouleversement de nos vies. En groupe, notre plus belle réussite, ce fût d’abord et tout simplement la naissance du collectif. Aujourd’hui je pense pouvoir dire qu’à chaque fois que nous aidons une personne à devenir végétarienne, à chaque fois qu’elle nous remercie pour cela, à chaque fois que nous éveillons les consciences humaines pour améliorer le sort des animaux, c’est une réussite.
Au-delà du collectif j’aimerais qu’un jour toutes les associations végétariennes se réunissent autour d’une table pour discuter de la meilleure façon d’exprimer d’une seule et même voix leurs revendications auprès des diverses autorités nationales. Ce jour-là serait une formidable réussite. Nous avons vu dernièrement que des initiatives avaient été prises dans ce sens par la diffusion de communiqués de presse communs à plusieurs associations et je m’en réjouis. Parfois A.V.A. est sollicité pour participer à ce genre de démarche mais en tant que simple collectif il ne me semble pas toujours que nous ayons légitimité à répondre favorablement. Ceci dit si l’on nous accepte et si bien sûr nous sommes en accord avec le communiqué ou l’action proposée, nous associons volontiers notre nom.
Notre principal échec c’est essentiellement de ne pas arriver à susciter des vocations de militants parmi la population végétarienne. Chacun dans notre petite équipe doit faire face à ses obligations personnelles et professionnelles, sans compter que certains sont également engagés pour d’autres bonnes causes. Faute de nouvelles bonnes volontés A.V.A. pourrait un jour s’essouffler !
Vous avez récemment lancé un végé-tour d’Auvergne, pouvez-vous nous en parler un peu ?
Fort du succès de notre table d’info hebdo du marché de Riom durant un an et demi nous avons souhaité "délocaliser" notre stand en allant au devant des auvergnats aux quatre coins de la région. Les magasins bio nous offrent une vitrine intéressante pour cette démarche mais nous essayons aussi d’être présents sur les foires bio ou "écolo", les festivals, les portes ouvertes d’associations par exemple. Un stand militant a plusieurs objets : il banalise la présence du végétarisme dans la société, répété régulièrement il "s’intègre dans le paysage", il informe le public des différents aspects qu’implique le mode de vie végétarien, il sert de vitrine à l’actualité végétarienne, il relaie les actions des mouvements de protection des animaux et de défense de leurs droits, il permet de faire des dégustations de produits, etc. Un stand peut également servir de tremplin médiatique et faire en sorte que la question du végétarisme soit régulièrement abordée par les médias. Nous avions déjà une bonne représentativité dans la presse régionale mais un événement est vite oublié et une actualité en chasse une autre... Le concept du "Végé tour" a donc été très bien accueilli par les médias, notamment par la presse.
Quel accueil vous a été réservé par les magasins bio ?
Les magasins bio nous ont répondu favorablement à pratiquement 100%, ce qui nous a agréablement surpris. Nous avons découvert à cette occasion que régulièrement, des salariés ou des dirigeants sont végétariens. Certains gérants nous demandent de ne pas être "trop militant" et d’autres au contraire réclament carrément des images chocs sur la maltraitance animale pour interpeller leurs clients. Dans tous les cas nous nous adaptons au public et à sa demande.
Et le public justement ? Est-il plus "concerné" que la moyenne ?
Une grande part des produits alimentaires végétariens est distribuée par le commerce bio mais la majeur partie des clients bio ne sont pas végétariens, il est donc évident qu’il ne faut pas confondre bio et végétarisme. Certains dirigeants d’enseignes sont plus sensibles aux aspirations des végétariens que d’autres et cela se ressent sur la clientèle. A l’inverse, on trouve de toute façon beaucoup de produits d’origine animale dans ces échoppes et parfois même des rayons boucherie-charcuterie à la coupe. Acheter bio représente souvent un acte militant. Généralement "le public bio" est plus attentif à nos revendications que tout un chacun et ce pour diverses raisons qui vont du bien être personnel à la quête d’une meilleure santé en passant par des raisons économiques, éthiques, écologiques, etc.
Avec un public bio nous bénéficions souvent d’une oreille plus attentive mais sans plus de garantie que les non- végétariens changent de mode d’alimentation. La rencontre avec les clients qui sont végétariens est toujours utile car ce ne sont pas forcément des personnes militantes. Les stands permettent donc à chacun de s’exprimer et d’échanger. Il est important qu’une association aille au devant du public et c’est ce que nous faisons.
En 2007 nous avons aussi pas mal entendu parler d’A.V.A. par rapport aux "Saint cochons". En quoi consistent ces fêtes ? Avez-vous réussi à faire évoluer les choses ?

Les Saints cochons sont des "fêtes" paillardes pendant lesquelles est consommé beaucoup d’alcool. On s’amuse, on chante, on boit, on ripaille autour de la souffrance et de la mort d’un animal. Cela ne peut que nous faire penser aux férias et aux corridas du sud de la France.
Heureusement les Saints cochons ne sont pas aussi importantes et nous essayons de faire en sorte qu’elles ne se développent pas. Ceci dit il ne faut pas diaboliser les auvergnats pour autant car malheureusement on retrouve des Saints cochons un peu partout dans le pays. Généralement le cochon ou la truie est "présenté" encore vivant au public dans une carriole que l’on trimbale dans les rues de la ville. Il s’agit d’une véritable exhibition moralement inacceptable au cours de laquelle la foule se livre souvent à des moqueries sur l’animal : "ha ben ma cochonne tu vas y passer", "elle est sans doute en chaleur" et j’en passe ! A Mazirat est organisé une course de porcelets, qui sont apeurés et stressés par les cris des spectateurs, et un concours "du plus gros mangeur de boudin" aussi indécent que n’importe quel concours stupide du genre consistant à se gaver de nourriture jusqu’à en vomir (alors que tant d’êtres humains souffrent ou meurent de faim).

A Besse (le village de la station Super Besse) le cochon était tué en place publique pendant 14 ans et grâce à notre intervention, soutenus par l’O.A.B.A., cette pratique a été abandonnée en 2008. Ici ou ailleurs si l’animal est tué hors de la vue des badauds il est de toute façon ensuite brûlé et découpé au grand jour. Même après son exécution on ne respecte pas la dignité de l’animal dans la mort et cela aussi est inacceptable ! (voire les photos ci-contre). A Chantelle en 2007 une association avait organisé une première Saint cochon, suivant l’exemple de Besse (mais sans tuerie en public). Nous sommes intervenus et avons réussi à faire en sorte qu’il n’y ai pas de seconde édition. Encouragés par ces avancées nous avons lancé une pétition sur notre site internet qui atteindra bientôt les 1000 signatures. Il faut se garder de penser que notre action envers l’abolition de ces Saint cochon soit dérisoire face aux millions d’animaux tués chaque année dans les abattoirs car de telles "fêtes" ont une valeur hautement symbolique pour leurs sympathisants comme pour leurs opposants. Bien des personnes nous soutiennent alors qu’elles ne sont pas végétariennes. Par ailleurs des associations comme la P.M.A.F. et l’O.A.B.A. travaillent à améliorer les conditions d’abattage des animaux de boucherie et de notre côté nous avons souhaité afficher notre soutien à l’édition de la brochure Abolir la viande d’Estiva Reus et Antoine Comiti (des
Cahiers Antispécistes). Nos moyens d’actions restent faibles et là aussi nous manquons de militants pour organiser des manifestations. Malgré tout nous continuerons d’alerter les médias, de présenter notre pétition aux autorités sanitaires, préfectorales et municipales et de rendre compte de l’évolution des situations.
Vous avez certainement plein de projets, réalisables ou utopiques, quels sont-ils ?
Les projets ne manquent pas, nous avons régulièrement de nouvelles idées et malheureusement de nouveaux motifs pour agir contre la souffrance animale mais une fois de plus ce qui nous manque cruellement ce sont le temps et les bénévoles…
Interview de Végétariens magazine
Entretien avec Jean-Marc Royer, directeur de la publication de ce mensuel qui a pris son essor fin 2006.
Comment vous est venue l’idée de vous lancer dans une revue végétarienne, et distribuée en kiosque qui plus est ?
J’étais actif depuis plusieurs années au sein de diverses associations de défense animale et de promotion du végétarisme. Mais je souhaitais aller plus loin. Lancer un média végétarien d’envergure nationale me paraissait être une étape indispensable au développement du végétarisme en France.
A l’heure d’internet, est-ce que ce n’était pas suicidaire de se lancer dans une telle entreprise ?
Lancer une entreprise en France est toujours un acte un peu fou quelque soit le domaine ! (rires) Mais j’ai un peu d’expérience en la matière car c’est la quatrième entreprise que je fonde. Bien sûr la presse est un métier difficile car le coût d’impression d’une revue est colossal et il faut beaucoup de lecteurs pour le rentabiliser, mais une revue papier reste incontournable. Elle présente des contenus différents d’un site internet et bénéficie d’une image de marque très supérieure à celle d’un simple site web.
En tant que journaliste d’une revue de presse écrite nationale nous avons pu obtenir une interview de Nicolas Sarkozy et de Ségolène Royal qui se sont engagés sur des points en faveur du végétarisme (voir notre numéro d’Avril). Ils ne nous auraient jamais reçus si nous n’avions été qu’un simple site web.
Quel but vous donnez-vous avec Végétariens magazine ?
D’abord faire vivre la revue sur le long terme, puis devenir un média avec un lectorat suffisamment important pour devenir une revue de premier plan en France.
Etes-vous satisfaits de l’accueil qui vous a été réservé par 1) le public 2) les végétariens 3) les autres revues ? Quelles ont été les principales critiques qui vous ont été faites ?
L’accueil des végétariens a été très chaleureux. Nous avons reçu plusieurs centaines de lettres. Certaines nous disaient que cela faisait 20 ans qu’ils attendaient une revue végétarienne en kiosque. D’autres étaient poignantes comme celle de ce jeune qui voulait devenir végé dans une famille qui ne l’est pas et qui lui répète sans cesse qu’il doit manger de la viande. Lorsqu’on est mineur ce n’est pas facile d’imposer son point de vue aux adultes.
Pour ce qui est des autres revues nous avons de très bon rapport avec eux, en particulier nous travaillons en partenariat avec les nombreuses revues bio, qui sans être végétariennes sont très ouvertes à notre type d’alimentation.
Les principales critiques ? Essentiellement une, ne pas avoir assez de pages. Nous y avons pallié dès le numéro de Mai 2007 : la revue compte 16 pages de plus et dès la rentrée toutes les éditions seront ainsi augmentées. Nous allons également imprimer la revue sur du papier 100% recyclé à partir de l’édition de juin 2007.
Et par rapport aux médias, disons, traditionnels, est-ce que cela vous a ouvert des portes (émissions de télé, presse quotidienne, etc) ?
Un peu au niveau des médias ; nous avons collaboré avec France2 et France5 sur des émissions autour du végétarisme. Mais surtout au niveau des décideurs politiques et des chefs d’entreprises qui nous écoutent d’une oreille attentive. Ainsi, lorsque l’on vient les interviewer pour leur demander ce qu’ils comptent faire pour leurs clients végétariens ils réalisent à ce moment-là que les végétariens sont nombreux en France et qu’il convient d’en tenir compte.
Vous avez récemment lancé une nouvelle entreprise de voyages touristiques destinés aux végétariens. Avez-vous d’autres projets d’entreprises liés au végétarisme ? Ou d’autres envies, même si elles en restent au niveau du fantasme ?
Nous avons de nombreux projets en effet. Parmi lesquels celui de monter une chaîne de magasins proposant des produits exclusivement végétariens. Tous les lecteurs qui souhaitent devenir gérants de magasin végétarien peuvent d’ailleurs nous contacter pour y participer. Nous travaillons également à l’organisation d’un grand concert en faveur des animaux avec des stars internationales et retransmission télévisée.
Est-ce que le fait de faire une revue 100% végétarienne (avec même un fort penchant végétalien), et un club de voyages réservé aux végétariens, ne risque pas de donner l’impression que notre communauté se referme sur elle-même, se cloisonne dans un ghetto ?
Non, pas plus que si la revue avait pour thème la moto ou le cinéma. S’intéresser à un sujet ne veux pas dire se fermer aux autres. Qui plus est nous sommes attentifs à ne pas stigmatiser les non-végétariens pour qu’ils ne se sentent pas rejetés.
Comment voyez-vous l’avenir de Végétariens magazine ? Et du végétarisme en général ?
L’avenir de la revue dépend de ses lecteurs. Nous l’améliorons chaque mois pour atteindre la plus grande qualité possible, proposer des articles variés et qui intéressent aussi bien les néophytes que les végétariens vétérans.
Pour l’avenir du végétarisme, je le vois brillant. Je prédis qu’un jour il y aura autant de végétariens en France que dans les pays les plus avancés tels la Grande-Bretagne, c’est-à-dire que plus de 10% de la population sera végétarienne. La télévision parlera sans cesse de la question qui sera au cœur de tous les débats.
Sauf que la question est : quand arrivera ce jour ? Si nous nous y mettons tous cela peut être dans deux ou trois ans. Sinon cela peux se produire dans 100 ans et nous ne serons plus là pour le voir. En ce qui me concerne je préfèrerai que cela soit dans quelques années. C’est pour cela que je dépense beaucoup d’énergie pour que cette vision devienne réalité au plus tôt.
Végétariens Magazine est disponible en kiosque, sur abonnement ou auprès de notre association.
Végétariens Magazine, Service abonnement, 41 rue des Pavillons, 92300 Puteaux, France -
www.vegmag.fr
Interview du président de la Slovénie
Le Dr Janez Drnovšek est président de la Slovénie... et végétarien ! Damjan Likar, éditeur de la revue "Liberation of animal", et membre de la "Society for the Rights and the Liberation of Animals", l’a interviewé le 15 Décembre 2005 à Brdo, en Slovénie. En voici la traduction, telle qu’elle est parue dans la revue Suisse
Vegi Info (
http://www.vegetarismus.ch)
Pourquoi êtes-vous devenu végétarien et quels sont les changements que vous avez constatés ?
Parce que la nourriture végétarienne est meilleure, de qualité supérieure. Nous mangeons de la viande parce que c’est ainsi que nous avons été élevés. Je suis végétarien depuis quelques années et depuis tout récemment je suis végétalien, ce qui signifie que je ne consomme ni lait, ni produits laitiers, ni œufs. Il reste encore un choix abondant d’aliments végétaux, qui suffisent amplement à nos besoins. J’ai pris cette décision en accord avec un sentiment intérieur. Certains pensent que l’alimentation végétalienne est très limitée et monotone, ce qui est faux. Elle peut être très variée.
Plus précisément, quelle a été la raison principale pour changer votre alimentation il y a quelques années ? Etait-ce en relation avec une maladie grave ?
J’ai commencé à changer graduellement mon alimentation. Le premier pas a été de supprimer la viande rouge, ensuite la volaille, et enfin le poisson.
Après avoir changé votre alimentation pour adopter le végétarisme, vous sentez-vous mieux et en meilleure santé ?
Je me sens très bien - on dit même que j’ai trop d’énergie !
Lors de la Journée annuelle (le 4 octobre) pour la protection des animaux, vous avez invité des membres de la Société pour la libération et le droit des animaux en vue d’une discussion. De quoi avez-vous discuté ?
Je les ai invités en premier lieu pour tenter de faire passer le message au public à l’occasion de cette Journée. Nous ne réalisons pas toujours comment nous traitons les animaux, comment nous nous comportons envers eux. Ce sont des créatures vivantes. Comme je l’ai dit, les gens ont une certaine idée reçue concernant notre attitude envers les animaux, avec pour résultat qu’il est rarement question de réfléchir aux conséquences de ce comportement. Si nous ne pensons qu’un petit moment à la manière dont l’homme traite les animaux et quel impact il exerce sur le monde animal, nous pouvons affirmer que l’homme n’est pas humain du tout. Ne pensez qu’à tous les abattoirs et à la production de viande de bœuf et de volaille, où la situation de ces animaux est tout simplement inadmissible. Les animaux sont transportés dans des camions, la plupart du temps sans être abreuvés, ce qui est extrêmement cruel. Ce n’est pas que les gens soient foncièrement mauvais, simplement ils n’y pensent pas. Lorsque le produit final arrive dans leurs assiettes, il ne réfléchissent pas à ce qui s’est passé avant.
Ainsi donc, vous avez décidé de devenir végétarien pour des raisons éthiques également ?
Les questions éthiques sont une partie des raisons ; l’autre partie est le fait que les humains n’ont pas besoin de viande. Ce ne sont que des habitudes que nous suivons et qui nous ont été inculquées dès l’enfance. Il est probablement difficile de changer du jour au lendemain, mais cela peut se faire petit à petit. C’est ce que j’ai fait.
Vous avez parlé dans les médias des subsides accordés pour l’élevage intensif du bétail. Pour quelle raison avez-vous fait cela ?
Je crois que c’est de la folie que la principale priorité de l’Union Européenne est d’accorder un pourcentage d’un million de subsides aux éleveurs, spécialement ceux liés aux produits carnés. Le fait que l’Union Européenne accorde des subsides à la production intensive de viande et de volaille est vraiment l’obstacle majeur du point de vue éthique. Mais pas seulement cela, c’est aussi vrai du point de vue de la nutrition. La nature nous le rappelle fréquemment, comme pour la vache folle, plus récemment la fièvre aphteuse et maintenant la grippe aviaire. Il est clair que quelque chose se passe qui ne le devrait pas. Ce quelque chose perturbe l’équilibre naturel et est un avertissement à nous tous.
Les produits végétariens dans les magasins sont plus chers que les produits carnés, ce qui n’encourage pas les gens à acheter des produits plus sains. Croyez-vous que davantage de gens arrêteraient de manger de la viande si l’option végétarienne était moins chère ?
C’est là aussi un aspect du problème, bien que je pense que la raison principale est la perception, la conscience de la population. Il faut que les gens réalisent ce qui se passe et à quoi ils prennent part. Je crois que la clé du problème est là. Cela, à son tour, conduit à la politique, c’est-à-dire la politique agricole, les subsides au monde agricole et les directions à prendre dans le futur. Au lieu d’utiliser d’énormes ressources au profit de la production de viande nous devrions les utiliser pour divers produits biologiques comme les céréales, les légumes et légumineuses, les fruits et tous les produits annexes. Cela serait certainement plus aimable envers la nature, vu que la production biologique signifie l’exclusion de fertilisants chimiques et des additifs. Cela signifierait ne pas polluer l’environnement et éviter les additifs chimiques dans notre nourriture. Nous consommons chaque jour tous ces produits chimiques, qui sont nocifs. Hélas, derrière tout cela, il y a les intérêts des grandes firmes agroalimentaires, les lobbies, les juteux profits, qui constituent une force dirigeant les conglomérats de l’industrie alimentaire. Toutefois, je crois que la prise de conscience de la population continue de croître dans notre pays et aussi dans l’UE. Les gens souhaitent bénéficier de plus en plus d’alternatives naturelles ; ils se tournent plus vers la nature et connaissent mieux les problèmes liés aux animaux et aux produits animaux.
Recommanderiez-vous aux gens, sur la base de votre expérience personnelle, de se tourner vers le végétarisme ?
Si je le fais moi-même, je ne vois pas la raison pourquoi je ne le recommanderais pas aux autres. Je n’ai pas à m’en plaindre, comme je l’ai déjà dit ; j’ai plus d’énergie que je n’en ai besoin. Moi-même, je suis la preuve vivante qu’il est possible de survivre sans viande et sans produits animaux.
Quel est votre point de vue sur le fait que nous avons tous à payer le même montant en fait d’assurance-maladie ? Il est pourtant évident que les végétariens sont notablement en bien meilleure santé et font beaucoup moins souvent appel aux services médicaux.
Ceci est un grand problème, mais le concept dans sa globalité pourrait être différent. Je ne crois pas que c’est un point valide parce qu’il faut qu’il y ait une certaine solidarité, par laquelle les personnes en bonne santé aident celles qui ne le sont pas. Cependant, il est vrai que chacun d’entre nous est responsable de sa propre santé. Si nous consommions moins d’aliments malsains et nocifs, nous allégerions considérablement la charge financière qui pèse sur les services sanitaires. Bien entendu, ceci ne serait pas dans l’intérêt de tous si cela devait se produire. Que deviendraient les grandes industries pharmaceutiques et les gigantesques compagnies multinationales qui gagent des milliards grâce aux personnes malades ?
Que pensez-vous de la chasse ?
La chasse en tant qu’activité de tuer des animaux et que sport n’est certainement pas éthique. Si vous faites référence à la section de l’organisation de chasse qui surveille l’environnement naturel et les animaux sauvages, par exemple en s’occupant de nourrir ces animaux en hiver, elle est très utile. Chasser qui est par définition le fait de traquer et de tuer des animaux n’est, par contre, pas du tout éthique.
Et quel est votre avis concernant les expériences sur des animaux vivants ?
Ceci est un dilemme bien connu qui a récemment été examiné par les instances politiques en Europe, en Grande-Bretagne. Vous devriez vous interroger si vous aimeriez vous-même subir de telles expériences. Durant la seconde guerre mondiale, mon père a été prisonnier dans le camp de concentration de Dachau, où il a été victime, tout comme des milliers d’autres personnes, d’expériences médicales. Il n’a pas aimé cela du tout. Certaines personnes diront que ces expériences sont nécessaires pour le progrès de la science, mais je suis convaincu que des méthodes alternatives peuvent être utilisées sans avoir recours aux animaux.
D’où pensez-vous que le traitement brutal envers les animaux trouve son origine ?
Cela vient du bas niveau de conscience de la population.
Et d’un point de vue historique ?
Il est difficile d’en situer le moment exact dans l’Histoire. C’est une question de respect envers la vie en général. Les animaux sont des créatures vivantes dotées de sensibilité. Chaque personne qui possède un animal domestique sait que les animaux ont des sentiments. Les religions mondiales parlent souvent de respecter la vie, mais elles ne parlent que de la vie humaine, parfois même moins que cela. Si l’on regarde en arrière jusqu’au Moyen Age, les catholiques ont proclamé longtemps que les Indiens natifs à peau rouge asservis par les Espagnols et les Portugais n’avaient pas d’âme. Cela signifiait qu’ils ne les avaient pas considérés comme des créatures dotées de sentiments. Ensuite, il ont changé d’avis et déclaré que les Noirs n’avaient pas d’âme, d’où des siècles d’esclavage des Noirs. Tout cela avec la bénédiction de l’Eglise. Aujourd’hui plus personne n’accepte encore de telles déclarations. On peut voir que la conscience historique de la population est changeante en dépit des vues exprimées de la part de certaines institutions à des moments donnés.
C’est bientôt Noël. Pour des millions de gens, c’est le temps du bonheur, de l’amour et de la paix. Pour des millions d’animaux, c’est le temps d’une cruauté encore aggravée dans les abattoirs, un temps où nos tables regorgent de cadavres. Et tout ceci afin de célébrer la naissance d’un homme qui aimait les animaux, les protégeait et ne les tuait pas. Quel est votre position à ce sujet ?
Jésus se retournerait dans sa tombe s’il savait qu’un abattage massif d’animaux était perpétré chaque année en son nom. Son message était fondé sur le respect absolu de la vie et il est très difficile d’imaginer qu’il pourrait accepter le sacrifice, en son honneur, de millions de créatures vivantes.
Etes-vous conscient que tous les végétariens, vous compris, sont maudits par l’Eglise et condamnés au feu éternel ?1
Ceux qui disent cela ne sont pas habilités à décider qui va en enfer et qui n’y va pas.
Les dirigeants de ce monde soulignent toujours leurs efforts pour une paix mondiale. Pensez-vous que la paix soit liée à notre relation avec les animaux et à nourrir les humains sans la nécessité de tuer les animaux ? Tolstoï a dit « Tant qu’il y aura des abattoirs il y aura des guerres ».
Si le niveau de conscience d’une personne est très élevé, elle ne tuera pas ni n’infligera des actes cruels aux animaux. On ne peut pas s’attendre d’une telle personne à aller à la guerre et tuer d’autres gens pour un profit quel qu’il soit. Les gens qui ne tuent ni ne mangent des animaux ont une plus grande chance d’atteindre un mode de vie de paix et d’harmonie. Tout est lié dans sa propre conscience. A un niveau supérieur, le lien se fait avec les autres. Rendre les gens plus conscients, c’est là la clé.
Comment les politiques au niveau mondial voient-ils cela ?
Les politiques au niveau mondial ne sont pas davantage conscients que la majorité des gens. J’ai remarqué que dans de nombreux cas des gens ordinaires sont plus conscients que les politiques. On voit de nombreuses organisations non gouvernementales promouvant des causes qui ne sont pas les priorités des gouvernements. Cela est valable concernant notre traitement envers les animaux, l’environnement ou les modifications climatiques. Cette pression pour un changement vient de personnes ordinaires de notre société. Lorsqu’une fraction critique de gens acceptent une idée, quand la majorité des gens espèrent et réclament un changement, alors les politiques répondent à cette aspiration. Hélas, les politiques ne sont pas ceux qui encouragent les autres à être conscients ; au lieu de cela, ils suivent l’opinion du public du moment. Mais lorsqu’ils sentent son soutien leur échapper, alors ils révisent leurs priorités.
Tolstoï est l’un des nombreux « grands esprits » de l’humanité qui a parlé ouvertement en faveur du végétarisme. J’y ajouterai les quelques noms suivants : Pythagore, Leonard de Vinci, Nikola Tesla, Albert Einstein, et le Mahatma Gandhi....Ces personnes sont renommées pour l’importance de leurs oeuvres et des résultats qu’ils ont obtenus, ils sont souvent cités du fait de leur génie. Pourquoi pensez-vous que l’humanité refuse d’écouter leurs convictions concernant les animaux et le végétarisme. Prenons l’exemple audacieux de la déclaration d’Albert Einstein : « Rien n’augmentera davantage les chances de survie sur Terre que le passage à l’alimentation végétarienne de l’humanité. » Quel est votre réaction concernant la citation de ce grand savant de la physique ?
Certainement, les chances de survie à long terme de l’humanité vont augmenter. Tout est lié. Une meilleure qualité de la nourriture est en quelque sorte liée avec un niveau plus élevé de la conscience. C’est un processus parallèle, et si nous pouvons faire l’un nous pouvons faire l’autre. Il est cependant peu raisonnable d’attendre de personnes n’ayant qu’un niveau peu élevé de conscience et qui sont cruels envers les animaux de mettre fin aux guerres, d’arrêter de manipuler leurs semblables, d’aider à éradiquer la pauvreté dans le monde. En bref, tant que le niveau de conscience est bas tous les conflits actuels dans le monde persisteront et augmenteront même les risques de l’extinction des humains.
Les gens qui disent aimer les animaux mais mangent de la viande sont-ils de vrais amis des animaux ?
Je pense que ces gens aiment vraiment les animaux, leurs animaux domestiques, mais par ailleurs mangent systématiquement d’autres animaux. Si ces mêmes personnes devaient abattre elles-mêmes une vache avant d’avoir un steak dans leur assiette, elles y réfléchiraient à deux fois. Les produits carnés sont présentés à la vente sous une forme tellement modifiée que les gens ne font pas le lien avec des animaux vivants et réels.
Certaines femmes portent de la fourrure d’animaux en hiver. Que pensez-vous de cette industrie de la mode ?
Ici encore, il s’agit d’une prise de conscience par la population. Souvent les gens acceptent automatiquement des modèles de comportement sans se poser de questions. Ce n’est que lorsqu’on se les pose qu’on peut modifier son point de vue et mieux percevoir le type de produit acheté.
D’où les gens détiennent-ils le droit de tuer, d’emprisonner et de torturer les animaux, et en même temps réclamer la paix et des droits pour eux-mêmes ? Est-ce que ceci est approuvé par la constitution ?
Ce n’est pas inscrit dans la constitution en tant que tel. Evidemment, les juristes et législateurs diront que ce n’est pas exclu ; en fait c’est présumé légal.
De source non officielle, j’ai appris que votre chien Brodi était végétarien. Est-ce vrai ?
Votre information est exacte. Mais vous devriez lui demander, car je ne suis pas autorisé à répondre en son nom. (rires !).
Merci beaucoup, Monsieur le Président, de nous avoir accordé cet entretien.
Note de bas de page : 1 Anathème prononcé par le pape Jean III (561-574) lors du premier synode tenu à Braga, au Portugal : « Si quelqu’un refuse, pour des raisons malsaines, de manger des plats de viande que Dieu a offerts aux êtres humains pour leur consommation, alors qu’il soit l’objet d’un anathème ».